Le paradoxe de la « radicalité » des écologistes français

La NUPES a consolidé le sentiment que les Verts français sont trop radicaux pour gouverner. La réalité, cependant, est beaucoup plus nuancée.

Euractiv France
Le réel problème des écologistes, selon M. Pingaud, est de ne jamais avoir su s'imposer dans le paysage politique français, tant celui-ci était déjà occupé par le Parti socialiste au centre gauche et par M. Mélenchon à l’extrême gauche. [Obatala-photography/Shutterstock]

La Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES), une alliance de gauche qui a terminé au coude à coude avec l’alliance Ensemble ! du président Emmanuel Macron au premier tour des élections législatives, a consolidé le sentiment que les Verts français sont trop radicaux pour gouverner. La réalité, cependant, est beaucoup plus nuancée.

« Attendons le second tour. » Voilà ce qu’on entend de tous les parlementaires français et européens lorsqu’ils sont interrogés sur l’avenir du parti écologiste français, Europe Écologie Les Verts (EELV).

Le résultat du second tour des élections législatives, le 19 juin, aura une grande importance pour un parti qui n’a recueilli qu’un maigre 4,63 % des voix lors des élections présidentielles.

Les dirigeants d’EELV ont ensuite négocié leur entrée dans la NUPES avant les élections législatives, créé par, et pour, le leader d’extrême gauche de La France Insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon.

Avec le parti communiste, le parti socialiste et LFI, la NUPES a obtenu 25,66 % des voix dimanche dernier (12 juin), ce qui pourrait lui permettre de disposer de 150 à 190 députés.

Les Verts pourraient quant à eux avoir jusqu’à 20 députés et dépasser le seuil de 15 députés nécessaire pour créer un groupe parlementaire.

Toutefois, appartenir à une telle coalition a un coût : celui d’être associé à la gauche radicale et, par conséquent, d’être jugé inapte à gouverner.

Une image de radicalité qui colle à la peau

Cette image de radicalité colle à la peau des Verts depuis plusieurs années. Créés en 1984, les Verts (rebaptisés EELV en 2009) s’étaient déjà positionnés contre la politique « traditionnelle » et favorisaient un combat radical et anticapitaliste.

« Les Verts ont été décrits comme “dogmatiques”, “immatures” et “cyniques” […] inaptes à être en charge des affaires politiques », a écrit Vanessa Jérôme dans son analyse sociologique des électeurs des Verts.

Un sondage réalisé en 2021 a révélé que 58 % des électeurs français jugeaient le programme des candidats à la primaire de l’écologie « irréaliste », tandis que 62 % ne trouvaient pas EELV crédible pour proposer des « politiques économiques et sociales sérieuses ».

La primaire a montré à quel point le parti était divisé en interne, Yannick Jadot, la figure de la gauche modérée, n’ayant obtenu que 51 % des voix contre la candidate de la gauche radicale Sandrine Rousseau.

« Il y a cette idée répandue que les Verts sont radicaux, encore plus maintenant qu’ils se sont associés à [Jean-Luc] Mélenchon », commente David Cormand, député européen écologiste.

Pas si radicaux que ça

Pourtant, situer EELV dans le camp de l’extrême gauche est trop simpliste. Au cours des années 1990 et 2000, le parti a changé son discours afin de se rapprocher des « manières traditionnelles de faire de la politique », écrit Michael Bess, spécialiste en études européennes.

Cette approche plus « gouvernement-compatible » a porté ses fruits, notamment sur la scène européenne, puisque les Verts ont atteint 16,28 % aux élections européennes de 2009 et 13,48 % en 2019.

Cela s’explique en grande partie par la réorganisation globale du parti en 2009, sous la supervision de deux eurodéputés écologistes, Daniel Cohn-Bendit et José Bové.

Pour M. Cormand, il s’agit d’un tournant après l’échec du référendum de 2005 sur une constitution européenne qui a divisé la nation. « EELV a été créé pour rassembler ceux qui, à gauche, avaient voté pour et contre la Constitution, mais voyaient une convergence des idées en matière d’Europe fédérale et sociale », explique-t-il.

L’objectif n’est donc plus de se tenir à l’écart mais d’avoir son mot à dire sur la scène politique française et de chercher à « créer une Europe fédérale, sociale, écologique et démocratique », peut-on lire dans la Charte du parti.

Une base électorale de centre gauche

Cet assouplissement reflète d’ailleurs la sociologie de l’électorat d’EELV. « Nos électeurs sont de centre gauche, pas de gauche radicale », a confié Denis Pingaud, l’un des plus proches conseillers de M. Jadot, à EURACTIV France.

Dans un document faisant le bilan de l’échec de M. Jadot aux présidentielles, Denis Pingaud a constaté que seuls 57 % des électeurs d’EELV se considèrent de gauche. Tous sont pro-européens et cherchent généralement à se distancer des positions eurosceptiques de LFI.

« Le problème, c’est Mélenchon »

Le réel problème des écologistes, selon M. Pingaud, est de ne jamais avoir su s’imposer dans le paysage politique français, tant celui-ci était déjà occupé par le Parti socialiste au centre gauche et par M. Mélenchon à l’extrême gauche.

EELV s’est donc associé au Parti socialiste en 2012, puis en 2017. En 2022, ils ont dû opter pour M. Mélenchon dans le but de « mettre en commun les ressources financières afin de mener une campagne solide », a expliqué M. Pingaud à EURACTIV.

Toutefois, l’objectif ultime n’est pas de créer un mouvement de gauche radicale durable en France, comme le suggère la coalition Ensemble de Macron. Les dirigeants d’EELV estiment plutôt que le Parti socialiste est à l’agonie et qu’ils sont prêts à le remplacer par un mouvement pro-Europe et pro-justice sociale.

« Le problème, c’est Mélenchon », a déclaré M. Cormand. Personnage controversé et ouvertement eurosceptique, Jean-Luc Mélenchon crée l’illusion que EELV est un mouvement d’extrême gauche et effraie les Verts allemands avec ses vues « germanophobes », a-t-il poursuivi.

Pourtant, EELV a imposé nombre de ses vues au programme de la NUPES. « Tout ce qui concerne la planification écologique est signé EELV », a confié à EURACTIV un proche coordinateur de la NUPES.

L’autre réussite d’EELV est que M. Mélenchon ne parle à présent plus de « désobéir » aux traités européens. Ce concept a été adouci dans la version finale du programme et n’apparaît qu’une seule fois.

Le second tour des élections influencera considérablement l’avenir du parti — et les Verts européens suivent cela de près pour voir quelles sont les tendances à deux ans des élections européennes de 2024.

« Tout va changer dans quelques jours », a indiqué un haut responsable d’EELV à EURACTIV. « ’Wait and see’ »